Y’a pas si
longtemps, avec monsieur Patate, on discutait de ce à quoi on aurait aimé
ressembler si on avait pu choisir notre enveloppe corporelle dans un catalogue
au lieu de dépendre bêtement des gènes parentaux. Parce que c’est vrai que
c’est complètement con de se taper depuis des générations des phalènes à la
place des ratiches, une silhouette de maître Yoda ou un nez en forme de samossa
comme ton père, ton grand-père et le futur affreux rejeton que tu vas pondre.
Monsieur Patate
il a choisi, lui :
Ce dont il
est pas forcement si éloigné, si tu lui fais avaler du Pétrole Hahn et un
meuble en chêne massif, en tout cas.
Quant à moi,
c’était évident, c’était elle :
Et là
monsieur Patate il s’est complètement insurgé. Mais insurgé quoi… Comme le jour
où j’ai dit que ça serait bien qu’on pense un peu à végétarianiser nos menus.
J’ai bien cru que j’allais me prendre mon steak de soja droit dans le fondement,
et en signe de rébellion il a menacé d'avaler un cervelas entier, avec la peau en
plastique encore dessus.
Donc il a
secoué ses petits bras tatoués en flamand (la vie de moi, c’est vrai, les
textes sur ses bras c’est du BELGE) et il a commencé à parler vite et beaucoup
et fort :
SOI-DISANT
que Keira elle est hyper « girl next door », qu’elle est pas du tout
sexy et qu’elle est trop maigre et qu’elle est comme un lapin, y’a rien à
manger dessus et qu’il faut tartiner de moutarde pour que ça ait un peu de
goût.
Il a dit que
c’était pas un corps de femme, ou alors si mais morte depuis deux semaines.
Une femme,
a-t-il dit doctement en tirant sur sa cigarette, ça doit avoir des fesses en
forme de cœur.
J’ai pas
tout compris à sa théorie mais j’me suis dit que s’il me pinçait la croupe en
disant ça, je l’assommerais à coup de conserve de pâté végétal.
Monsieur Patate,
il pourrait être président de la ligue des "droits du fion dodu et des os
non-apparents". Pour lui, si ton cul il rentre dans la pièce moins de trente
secondes après toi, c’est que t’es trop maigre, il aime pas les tendons, il
aime quand tout est tracé au compas.
Soit. Je vais
pas m’en plaindre parce que je suis quand même pas la dernière à reprendre du
dessert.
Et puis j’suis
plutôt d’accord avec lui. Au moins sur ce point-là, parce que sinon, ses goûts
en matière de femelles sont plutôt TRÈS discutables (t’as pas vu son ex).
Donc il
s’échauffait et son crâne devenait rouge avec une veine sur le front et il
vitupérait « toi et mes collègues-femmes vous êtes pareilles : vous tripez
sur la clique Portman, Knigthley et autres anorexiques du fond de culottes, là.
Moi je trouve ça triste comme un steak sans frites et des frites sans mayo.
T’as pas envie de les manger avec les mains, t’as envie de chipoter la fin de
ton assiette. C’est comme les p’tites graines toutes sèches que tu manges le
matin, là (mon muesli donc), ça donne pas envie. Voilà».
Mon
professionnel de la métaphore filée à base de lipides avait parlé.
Alors j’ai
dû lui donner des bouts de chorizo pour le calmer et expliquer plusieurs choses
qui montraient qu’il n’avait rien compris aux femmes.
(Et heureusement,
parce que j’ai aucune envie de le retrouver les deux mains dans une autre).
J’ai dit que
:
1/ Tu vois
une fille, quand elle dit d’une autre fille qu’elle est belle, c’est pas anodin,
c’est un VRAI compliment :
- Ça veut
dire qu’elle a calculé ton rendu général : proportions taille/mensurations
+ (taille des pieds x taille des mains - taille des dents) x (vêtements +
chaussures) = silhouette de bonnasse.
- Et fait un
ratio avec les détails : sourire/rire/charme/grain de peau/manucure/sac à
main.
- Elle s’est
imaginée te présenter à ses parents, à ses copines, balancer ta photo sur Facebook
et mettre « en couple », t’embrasser sans maquillage au réveil et
rire avec toi en se roulant dans un champ.
- Elle s’est
figurée le mariage, les enfants avec tes yeux et son sourire, elle a accolé ton
nom au sien et imaginé sa nouvelle signature avec ton patronyme.
- Elle a
imaginé comment son ex serait TROP dégoûté si elle le croisait avec toi dans le
métro.
Comme avec
un gars, quoi, une étude minutieuse et virant légèrement à la psychopathie.
Et elle a
tranché : cette fille est belle.
NB : si elle dit : « Putain,
cette fille est belle, la salope », alors c’est qu’elle a aussi
conclu qu’en plus, tu es plus bonne qu’elle-même.
Un mec,
quand il dit « Ghnaaaaa. Jolie. Fifille. Ghnaaaaa. », c’est qu’il a
vérifié qu’à peu de choses près, elle avait deux nichons et un cul en forme de
cœur ou d’équerre, ou de bouchée à la reine ou que sais-je encore.
Et puis bon,
hein, roule ma poule.
2/ Il y a
cette fille au sport que je trouve carrément trop « BELLE-la-chienne-si-je-portais-le-jogging-comme-ça-je-me-mettrais-moi-même-des-mains-au-cul ».
Des fois je
me retiens de pas la regarder mais sa peau de pêche, la vie de moi sur le Coran
de la Torah, je voudrais l’empailler et en faire un doudou.
Bon et benh
crois-le ou pas, cette fille a trouvé une excuse pour venir me parler et m’a
dit que bon, elle espérait me revoir bientôt, et puis elle m’a lancé un regard
de « si j’étais lesbienne, t’aurais déjà mes jambes en collier ».
J’accepte
avec gratitude le compliment ultime que m’a fait cette bombe, je les accepte à
chaque fois parce que cette anecdote m’arrive tout le temps.
Je suis un
aimant à filles. Mon succès avec elles n’est plus à prouver. Malheureusement,
j’ai quelques tendances tristement hétérosexuelles… Et malgré mes deux nichons
(j’ai recompté) et benh mon succès est bien moins retentissant avec la gente canine
masculine.
Hormis avec
monsieur Patate, qui, on le rappelle, a des ex en forme de naine à moustache,
alors bon, c’est vrai qu’à côté, avec mon mètre 70 et ma pilosité normale, je
suis un peu l’« euro-million ».
Peut-être
mon côté hommasse, un peu bourrue, ma toute-fabriquée-confiance-en-moi, ma
grande taille, ma carrure d’amazone… Bref, mon côté Amélie Mauresmo version goth
fait que je rassure les filles ?








