Affichage des articles dont le libellé est Crise de foie.. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Crise de foie.. Afficher tous les articles

jeudi 21 février 2013

Mal et Diction.


 Il y a deux malédictions récurrentes dans mon existence.

1/ Je suis l’ange de la mort des agences de pub.
Dans n’importe quelle entreprise où je passe, l’emploi trépasse. Je suis une sorte de mauvais ange envoyé par Pôlemploi pour faire mourir les agences de comm’. Le jour où tu me vois débarquer dans ta boîte, mets ton CV à jour, je t’en conjure.
Le CDI, pour moi, n’est qu’un CDD sans date de fin et sans le montant des indemnités.
La dame du pôle emploi connaît le prénom de mon chat et fait de la musculation avec mon dossier, je récite mon CV les mains jointes dans le dos comme on récite « le lièvre et la tortue » ou « le car scolaire et le pédophile », et je remplis une armoire BESTÅ BURS Ikea avec mes attestations assédics.

2/ Je croise TOUJOURS des gens de manière fortuite dans la rue, le métro, les bars, les chiottes, les villes de l’autre bout de la France et ce, plusieurs fois par mois, voire par semaine dans mes grandes périodes.
Paris est-il si petit ? Ou suis-je fluo ?

En tout cas, il y a toujours ce moment tragique où je farfouille profondément dans ma narine ou que je gratouille un bouton sur mon front et où j’entends mon prénom suivi d’un point d’interrogation.
- Ocytocine ?
- Nan connard, c’est ta mère en bottes de cowboy.
Comme si c’était étonnant de me voir dans le métro… Admettons que c’est parce que j’ai le doigt dans le nez ou le front sanguinolant d’avoir trop bien arraché la protubérance acnéique.

Bon en fait je ne dis pas ça, hein… Je tourne juste la tête, immanquablement dans le mauvais sens, et je dis « gné ? ». N’oublions pas que je suis myope comme un geek. Ça rend le moment encore plus pénible, surtout si on m’alpague du quai d’en face.

Évidemment, ça ne m’arrive jamais quand je suis à mon avantage… Je suis toujours seule, avec un livre, les cheveux fraîchement pas lavés ni coiffés et une mine avenante de pitbull à qui on vient de retirer sa gamelle de croquettes de nourrissons éviscérés.
Et ce n’est jamais un bel éphèbe que je croise (tu me diras : heureusement. Je n’ai pas à rougir de porter un jogging trop grand de deux tailles et des running violettes, comme ça).

Parfois c’est un ex. Toujours avec sa meuf. À croire qu’ils les sortent pisser deux fois par jour. Personnellement j’étais capable d’assurer ma miction seule (c’est pour ça que tu me rappelles tout le temps mec ?).
Étonnamment, je suis toujours irrémédiablement cuite quand je les croise et j’ai une face hilare qui doit leur faire croire que je suis ravie de les voir.
En fait nan. Ça me donne envie de pisser.
Ou alors c’est la bière ?

Le plus souvent, je rencontre des connaissances de connaissances, ou d’anciens camarades de classe dont je suis bien incapable de me souvenir du prénom. Alors t’imagines quand il faut songer à ce qu’on pourrait avoir à se raconter…
- Tu te souviens Madame Martin ?
- Non.
- Moi non plus.
(Plus que quelques secondes avant la prochaine station. Je saute du train, j’m’en fous).

Soit je croise…  Le Vampire. Le Vampire, c’est dans la catégorie connaissance de connaissance et j’ai l’ineffable malheur d’être sa voisine.
Le Vampire, comme son nom l’indique, a un teint de fond de baignoire, un sourire fixe et un regard que je qualifierai de presque concupiscent… mais je pense qu’il n’est pas pourvu d’assez de sang pour porter les hormones masculines lui permettant la lubricité.
Le Vampire serait reconnaissable entre mille si seulement j’avais d’assez bons yeux pour le voir arriver : il a en effet le syndrome dit « du bâton dans le fondement », chaque vertèbre de sa colonne semble soudée à celle du dessus, c’est assez perturbant.
Et surtout, Le Vampire n’a rien à raconter. Normal quand on passe ses nuits à se non-branler et ses journées à se cacher du soleil.
Du coup, quand je le croise, je suis à la torture. Et c’est souvent le matin où déjà, de base, je ne taperais même pas la discute avec mon âme-sœur.
Une fois, j’ai même voulu écourter le trajet en sa compagnie et j’ai dit « je descends à la prochaine », et il a répondu « moi aussi ».
J’ai dû faire semblant de sortir du métro et le reprendre 5 minutes plus tard par une autre entrée, et arriver en retard avec pour seule excuse : j’ai « failé » en essayant de me débarrasser d’un type ni vraiment vivant ni vraiment mort.

Ouais, les fées au-dessus de mon berceau ont dû voter pour ces emmerdes-là. La dernière était dermatologue à ses heures perdues et a décidé que je passerais ma vie à suinter chez ses consœurs.


Tu ne vois pas où je veux en venir avec mes histoires ? Calme-toi jeune brigand, j’y viens. On dirait un adolescent qui découvre pour la première fois qu’il peut dessiner des soleils avec sa peinture intime (poésie de la coquillette tu es de retour…).
Ces deux malédictions mes enfants… et c’est un peu la crotte de nez qui fait déborder le mouchoir (PO-É-SIE)… Là où je veux en venir, c’est que pour la première fois de ma courte mais indéniablement mitigée existence, j’ai tapé un hit-combo de mes deux malédictions.

Si tu te souviens de mes dernières aventures dans le monde du travail, j’avais alors une chef surnommée ’Le Scanner’, sorte de mère-poule avec un troisième œil à qui on ne la faisait pas.
Pas même le PDG qui, incapable de la dompter, a mis au-dessus d’elle dans l’organigramme une nouvelle responsable avec un physique de haricot vert avarié (tant au niveau de la silhouette que du teint), et un nom de poste à coucher dehors.
Son but ultime, hormis d’écouter de la musique et regarder des vidéos sur Youtube (pour le modique salaire de 4 000 boules par mois), était de surveiller et faire virer Le Scanner. Oh le beau métier.
Personnellement, je préfère encore aller nettoyer les chiottes des stations-service avec ma langue, mais tout le monde n’a pas les mêmes problèmes pour se regarder dans une glace.
Et ma foi… Quand on cherche on trouve. Le Scanner a été virée peu avant la fin de mon contrat.

Autant te dire qu’on a fêté ça dignement en se bourrant proprement la gueule au bar du coin. J’ai ensuite titubé jusqu’au métro et appeler ma Sacro-Sainte mère, Frau Ocytocine, pour lui raconter.
J’étais donc dans le métro avec plus de vin blanc que de sang dans les veines.
Tu imagines le volume outrageusement fort auquel je pensais devoir m’astreindre pour me faire entendre de ma mère, et en conséquent par tout le wagon.

Après dix bonnes minutes à pérorer en racontant comment j’allais leur dire d’aller se faire foutre à tous quand ils allaient me demander de rester plus longtemps (chose que PERSONNE ne fait JAMAIS une fois devant le fait accompli), je me suis mise à cracher sur le vilain haricot embauché dans l’unique but de nuire et j’ai dit texto : « Le Haricot , elle ferait mieux d’aller se faire baiser par son père pour régler son complexe œdipien… ».
J’aurais pas pu me contenter d’un « sale conne », naaaaaaaaaan. Trop facile. Pas assez fleuri.
Tu me connais, j’aime bien quand c’est imagé.

Et c’est seulement APRÈS avoir dit ça que je me suis rendue compte que dans l’ensemble j’étais pas la meuf la plus « chatteuse » du monde et qu’un peu de discrétion n’allait pas me tuer.
Donc j’ai eu la bonne idée de me tourner.
Pour voir qu’elle était derrière moi.
Ma supérieure hiérarchique à qui je venais de conseiller de se faire fourrer par son papa était derrière moi.

T’imagines que l’ambiance au travail c’était un peu aussi chaleureux que ton congélateur après ça, et qu’on ne m’a jamais proposé de prolonger mon contrat.
Non, ça n’explique pas mon absence. Mais tu avoueras que ça y contribue.




jeudi 14 février 2013

Même pas le « Grand » Retour.

[Cette article est sponsorisé par mes indemnités de précarité, pôle emploi et l’agence d’interim du coin. Merci à eux.]

Cher lecteur,
Il semble qu'il y a un moment dans la vie d’un blog où arrive cet article ou tu te justifies pendant une heure de manière plus ou moins convaincante de pourquoi tu as été absent pendant tant de temps et ou tu dois de rassurer tes chers fans sur le fait que tu ne les as pas oublié et que tu les aimes encore... et blablabla.
Alors tu te doutes bien, je ne vais pas le faire.  
Je ne t’ai pas oublié et je n’ai pas cessé de t’aimer pour la simple et bonne raison que, techniquement,  je ne te connais pas. Donc, toujours techniquement, je ne peux pas t’oublier et encore moins t’aimer.

Mais que c’est il passé pendant toutes ces loooooongues semaines ou tu as erré comme une âme en peine, où fait la grève des pépitos et chercher en vain une autre ocytocine, avec plus d’humour et un surnom dont tu connaîtrais l’origine ou tu ne confondrais pas le i et le y ?

Tu l’as pas trouvé hein ma remplaçante hein? T’es revenu sur mon blog rose pas frais et tu as honte autant que tu frétilles? 
Mais exs sont pareils. Ils me détestent TOUS mais ils trouvent jamais aussi cassecouillement passionnante. Je suis quelqu’un que l'on peut qualifié d’un peu…  « poisseux ».

Je ne rentre pas par la grande porte avec une révélation choc. Je viens ramper et engluer  ton écran de portable avec ma bave de limace, muc muc muc, sluirp. Aller tâte moi les antennes, je sens que tu n’attends que ça.
Non, lecteur.
Non je n’ai pas fui en Suède me repaître des fesse dodues et blondes de jeunes vikings à peine pubères (« Je vous jure monsieur l’agent Andersen, je ne savais que cet enfant  ce garçon était encore au collègue, il fait 1,98m.Vous mettez quoi dans vos tartines de macro, des hormones de croissance ? »).
Je ne suis pas devenue riche a millions en grattant un « astro », je n’ai pas racheté le club med gym de mon quartier pour ENFIN ne plus avoir a supporter les éclipses lunaires dans les vestiaires ni les bouquets de mycoses dans les douches .
Non mes rêves de luxures nordiques et de compte en banque dodu n’ont pas été réalisés.

J’ai fait comme tous les bloggeurs.
J’ai glandé.

Mais je suis de retour, tu peux lâcher ta goutte de pipi sur mon jean en solde et on passe à autre chose.

mardi 18 septembre 2012

« Je n’irai pas cracher sur vos tombes, j’aurai piscine », comme dirait Jean-Paul Vian.




Il y a cette copine qui m’a envoyé un mail de rupture…
J’avais rien demandé pourtant. Il était 13h30, je mâchonnais tranquillement mon sandwich en me baladant sur un site de pompes à talons que je crois encore pouvoir porter plus de 2 heures sans hurler à la torture chinoise.
Avec ma collègue Le Serpent Chinois, on bitchait sur la nouvelle stagiaire et on se demandait quand on allait muer et avoir assez de place dans nos petits corps pleins d’écailles pour la dévorer vivante.

… Et puis c’est tombé au milieu de rien, comme un four à chaleur tournante sur une patinoire, comme un lisseur dernière génération en forêt amazonienne, comme monsieur Patate au milieu d’une bande de Chippendales.

Cette fille pas vue ni entendue depuis un an et demi me jetait de son réseau de relation.
Une séparation à base de mail via un Iphone dedans ma face, elle a même pas pris le temps d’écrire une vraie lettre avec un stylo, ou au moins un truc sur un Word téléchargé illégalement.
La première question légitime que je me suis posée en voyant le format de la missive c’est, tu t’en doutes : « était-elle en train de faire caca ? » Toi aussi tu te demandes, hein ? C’est légitime.

Cette copine me disait, en substance, que comme on se voyait plus depuis qu’elle avait chié sa progéniture et que c’était pas grave si j’étais une grosse truie païenne qui méritait de bouffer les restes de son placenta, qu’elle m’en voulait pas de pas respecter la vie et de ne pas adorer son bouchon muqueux… mais que quand même, j’étais une sale mécréante.
Alors bon, c’était pas grave que je n’aie pas été là, hein, mais il fallait quand même qu’elle me le dise qu’elle ne tenait pas spécialement à revoir ma sale gueule de sorcière, et que c’était triste et que c’était pas de sa faute ni de la mienne (mais quand même plus de la mienne) si nos chemins se séparaient là.
Blablabla. Violons. Blablabla. Bisous.

Je te traduis hein, c’était pas dit comme ça, c’était enrobé à la fois d’un lyrisme mièvre et de la froideur toute journalistique de la nana qui va te rayer de sa liste de choses à faire : « acheter du PQ/ décongeler l’aligot/ virer Ocytocine de mon existence définitivement alors qu’elle a rien demandé ».

Bon, je vais pas te refaire l’histoire de plusieurs années d’amitié qui ont tourné doucement et sans infection purulente en mycose vaginale.
Sache que je n’ai pas violé sa petite sœur en invoquant le monstre du loch Ness, que je ne lui ai pas détourné son PEL pour aller à Sephora, que je n’ai absolument RIEN FAIT.
C’est peut-être ça le souci, tu me diras, j’ai laissé agoniser sans même y mettre un petit coup de bâton et j’ai à peine regardé mourir.

Les rendez-vous sont devenus plus espacés et plus courts, jusqu’au moment où il a fallu que je gobe mon dessert pour qu’elle parte plus vite, les discussions plus languissantes et vides, et puis les nouvelles sont devenues rares, autant que les pensées réciproques.
Tellement que j’ai omis de lui dire que j’étais amoureuse et qu’elle en a oublié de me prévenir de la naissance de sa fille. Oups.

C’est triste mais ce n’est pas mortel. Ça s’est juste passé comme souvent dans les histoires d’amitié : elle s’est trouvé un gros mou de la crevette quarantenaire qui a abandonné toute notion de politesse élémentaire sur une table d’opération en même temps qu’un testicule.
En signe de soutien, ma « copine » a décidé de s’automutiler de tout sens commun et critique, de s’enfouir très profondément sa jugeote dans le fondement et de se transformer en une sorte de poupée crétine de présentatrice de météo.
Bref, j’ai jamais pu encadrer son mec.
Début de sa grande histoire d’amour et fin de son amitié avec un gros morceau de ses amis. Dont moi. Même si je ne suis pas la plus importante, elle me le rappelle volontiers à la fin de son torche-cul message.

Donc elle me largue.
Ça me fait l’effet de me faire dégager par un type dont je n’ai pas le numéro et dont je ne moque même plus les maigres performances avec mes copines tellement le sujet est éculé.

Avouons que, contrairement à son tendre ami, elle a une belle paire de couilles : elle n’a pas tenu compte de mon pouvoir de nuisance écrite (soyons honnête, si j’avais voulu, j’aurais pu la pousser à s’immoler par le feu avec un simple mail), ni de ma méchanceté crasse alliée à une lâcheté perfide qui fait que je diffuse à tout le monde, plutôt qu’à elle seule, mes impressions.

Parlons-en de mes impressions, parce que c’est là où je voulais en venir.
Avant toute chose, sache que si je crache depuis déjà dix minutes c’est juste pour le pur et simple bonheur de dire du mal. Tu ne sais pas comme ça me fait des papillons dans le bidon. C’est un penchant, voire une drogue, dont je ne suis pas fière, comme certains avec les Knacki frite à la mayonnaise, Natacha Saint-Pierre ou les vibros en forme de dauphin.


Mon sentiment dans cette histoire c’est que je suis juste frustrée.
Parce que figure-toi qu’outre l’amour ou l’admiration, où je n’ai jamais excellé, je suis incapable d’exprimer mon total « rien-à-foutrisme ».
Quoi que je dise ou fasse, j’ai l’air en colère parce que déjà, j’aime trop chier sur les gens, c’est vrai, mais aussi parce que le « rien-à-foutrisme » est un sentiment interdit.

J’ai besoin que tu comprennes le concept, je sens que tu es dubitatif.

C’est comme quand on dit : « T’as vu ton ex, il sort avec une nouvelle meuf ».
- Si je dis : « j’m’en fous », ça voudra dire : je suis dégoûtée mais je le cache sous une indifférence feinte.
- Si je m’exclame avec moult sourires : «Oh, je suis tellement contente pour lui, il mérite le bonheur, les libellules et les partouzes avec des Bisounours », ça voudra dire : je suis trop fière pour avouer que mon cœur saigne, le prochain verre que je prendrai sera pour oublier l’outrage, pas parce que juste j’ai soif.
- Si je glousse : « Ouais et elle ressemble à un balai à chiottes », ça voudra dire : je suis hyper jalouse. Même si objectivement, mon interlocuteur trouvera qu’il y a une ressemblance frappante entre la demoiselle et l’objet en question.

Bref, l’indifférence que j’exprimerais volontiers par :
« Putain mais il peut bien se taper mon chat ou ma mère ou une quiche aux poireaux sur la table basse du salon que je continuerais à bouquiner sans m’offusquer le moins du monde.
À part s’il y a des projections, là je demanderai quand même de nettoyer. »
On ne la prend jamais pour ce qu’elle est.

Alors en général je ne dis rien, ce qui permet de penser que je ressens les trois à la fois : « dégoûtation »/ « tristitude »/ « jalousade ». Donc l’effet est raté.

C’est pareil quand un collègue croit me soûler en prenant le bureau près de la fenêtre ou que la meuf qui snippe mon meilleur pote se réjouit de faire une taille de fesses de moins que moi, quand je perds à un jeu de société, quand je me fais piquer la dernière place assise dans le métro ou quand on essaye de m’asticoter avec mes opinions politiques rougissantes… Je ne sais pas dire : « ç’pa grave ».

Malgré mon œil torve, mon manque de réaction, mon enchaînement sur un autre sujet de conversation… Ce beau désintéressement que je ressens pourtant foncièrement n’est absolument pas possible.
Ocytocine peut être en colère, exaspérée, courroucée, haineuse, rageuse, prête à buter la planète entière mais pas juste désintéressée.
Je suis très frustrée de ne pas savoir exprimer ce sentiment. Vraiment.
Et ça, ça m’agace PRODIGIEUSEMENT. Je ne peux pas être indifférente devant mon incapacité à trouver comment signer la puissance de mon détachement total face à une situation donnée.

Je vous le demande, comment exprime-t-on le sentiment suivant : « JE M’EN BRANLE LA RACE ». Sérieux, aidez moi, jouezpavosputes. Le birman, le langage des signes et le mime seront tolérés. Je suis prête à tout prendre.

Je m’en servirai avant tout pour répondre à la question : « Et toi, tu fais quand un bébééééééé ». Je pourrais dire autre chose que « Benh j’sais pas, après mon saut en parachute et mon rendez-vous chez M Pokora ? C’est mon nouveau gynécologue. »
Je te jure, c’est chiant de pas avoir la parade.

Il fut un ex qui m’a mis sa nouvelle-acquisition-à-base-de vagin sous les yeux et qui m’a tenu à peu près ce langage : « Je sais que tu m’aimes alors que je m’apprête à partir avec cette gourde à l’étranger. Si tu reviens, j’annule tout ».
Et benh, j’ai pas su dire autre chose que « J’aimerais tellement que tu puisses lire dans ma tête comment je… Pfff ».

Oui, il y a des moments où le style trempé, le verbe acéré, la tournure imagée, les mots mêmes, ne peuvent plus rien pour moi. Je dois reconnaître mes limites. Il y a des heures de la vie ou même moi, qui ai un avis sur tout, qui parle avant de l’ouvrir, je suis à cours de… heu… Enfin où je dois m’avouer vaincue, quoi.

Alors voilà, ma chère copine, que tu tombes sur cet article ou pas, je ne sais pas comment te le dire autrement : pffffff.

Bisous.

O.

vendredi 17 août 2012

Ode aux gencives de Porcs.



 Changer de boîte, c’est toujours un peu déroutant surtout quand on est à moitié secouée du bulbe à tulipes et réfractaire à l’échange avec l’humanité, il faut se reprogrammer pour des méthodes de travail nouvelles (voire pour le travail tout court), apprendre le prénom de la standardiste (je connais pas mais elle fait des gâteaux qui butent), s’adapter aux caractères de chacun, aux habitudes, aux dossiers, aux clients, trouver sa place, le chemin le plus court vers les toilettes et la sortie.

Il faut parfois passer de PC à Mac ou de Mac à PC sans poser des questions aussi connes que… « Humm comment on va dans panneau de configuration ? ». Promis j’ai pas demandé. J’ai attendu d’être à la maison pour que monsieur Patate m’explique que bon, sur Mac ça s’appelait pas pareil, et se moque allègrement.

Changer d’entreprise c’est aussi s’acclimater à une nouvelle alimentation sans le panini légumes grillés que l’on mangeait invariablement, Pamela et moi, cinq fois par semaine. J’en ai fait des cauchemars à base d’aubergines qui s’immolaient par barbecue et de tomates qui se noyaient dans l’huile. Mais je vais mieux, merci.

Mon estomac a bien refait des siennes quand je lui ai imposé le croque-monsieur pain Poilâne de la brasserie d’en bas, il ressemblait plus à une pirogue qu’à un plat. J’l’ai fait passer avec des frites maison et du vin. Histoire d’être bien certaine d’être malade.

Il faut aussi cacher que tout ça est très stressant, être cool, souple sur ses genoux, l’Oréal dans ses cheveux et fraîche dès le lundi matin. Et c’est pas évident quand La Chef est plus intuitive qu’un chien d’aveugle et a un scanner d’aéroport à la place du cerveau. Depuis que je bosse là, j’enlève ma ceinture avant d’entrer dans le bureau, j’ai peur qu’elle sonne.
Heureusement, elle utilise à bon escient ce don de seconde vue et m’aide chaque jour à être à l’aise avec elle et les autres. (Quoi, j’ai dit un truc gentil, je file me laver la bouche au savon).
Donc entre les murges régulières qu’on se paye, je suis assez lucide pour me rendre compte que dans l’ensemble c’est studieux mais pas si désagréable que ça.

Malgré tout, y’a des problèmes que tu envisages pas quand tu arrives dans une nouvelle entreprise. Mais vraiment pas.
Pourtant, j’ai connu dans le triste monde tragique de la pub les pires cassos. Je t’en ai raconté deux/trois.

Mais là…
Je sais pas gérer.

Il y a, dans le fond de notre open-space aux couleurs chatoyantes et aux gloussements fréquents, un coin sombre où nous n’allons pas : c’est celui des imprimantes, des armoires à fournitures, des réserves de picole et du bordel qu’on ne range jamais. Je croyais aussi que c’était celui des poubelles, mais nan. Et ma méprise a eu des effets TRÈS TRÈS néfastes.
J’ai appris au bout de quelques jours que c’était aussi là que se trouvait le bureau de celui que nous appellerons Pépé.

Un midi, je déjeunais avec mes collègues le Serpent à Lunettes et le Serpent Chinois : ces femmes à la langue aussi bifide que la mienne et qui me font sentir moins seule brute dans ce monde d’agneaux.
Entre deux méchancetés, j’ai demandé qui était Pépé exactement. Elles ont gloussé et secoué leur petite queue de serpent à sonnettes, et moi j’ai jubilé parce que j’ai la même et j’avais bien envie de frétiller aussi des horribles histoires qu’elles allaient me raconter.
Elles m’ont dit : « Attends on t’a gardé le meilleur pour la fin… Pépé il vit dans un autre monde. Ce type, tu lui donnes un rond à dessiner, il va tellement t’embrouiller la tête qu’à la fin il va te suggérer qu’en fait c’est un carré que tu voulais. Et tu vas passer des HEURES à obtenir ce que tu veux. UN PUTAIN DE ROND. »
J’ai dit « C’est un peu nul comme anecdote ».
Elles ont essayé « Il a fait un gamin à sa belle-mère chilienne après qu’elle a épousé son père pour pouvoir manger ».
J’ai dit « Là… C’est mieux ».
Elles ont agité leurs écailles vertes et ont sifflé : « Mais le meilleur tu le découvriras toute seule ».
Après on a dévoré un agneau vivant, bu un café, rampé jusqu’à nos bureaux et on s’est remise à travailler.

Je me suis dit que pire que se taper sa marâtre, ça semblait un peu compliqué. Je pouvais m’attendre à trouver des cadavres de Dalmatiens dans ses tiroirs, rien de moins. Tonton Freud et sa fille/demi-sœur seraient certainement d’accord avec moi.

J’étais, malgré les risques d’éviscération réels, très curieuse de me confronter à Pépé. Alors je suis allée le voir pour lui donner du boulot. Et quand j’ai vu le bestiau,  je me suis dit : « Bon ok, il est horrible avec ses dents qui jouent à saute-mouton et ses tapis de sol sur les bras, mais c’est pas non plus l’horreur. »
Il m’a dit bonjour et là j’ai compris que j’avais un problème.
Un problème NOUVEAU et GRAVE.

Dès qu’il a ouvert la bouche, j’ai eu l’impression de me retrouver la tête plongée dans la litière d’Hector Lafiotte après un abus de pâté au saumon. C’est comme si on avait vomi un repas à base de thon à l’huile de foie de morue, de choucroute et de jus d’orange Leader Price, et qu’on l’avait laissé sécher au soleil.
J’ai poussé un couinement d’horreur en me souvenant que mes collègues-vipères avaient dit : « des heures pour le moindre dossier… Des heures pour obtenir un putain de ROND et pas un CARRÉ». Autrement dit des heures à respirer dans l’arrière-train d’un phacochère indisposé.

J’allais pas tenir. C’était une évidence. Surtout pas dix minutes après le déjeuner. Sa belle-mère elle devait avoir vraiment peur de rien ou vraiment très faim pour pouvoir encaisser un truc pareil.
J’essayais de ne pas imaginer la scène et déjà il commençait à s’approcher de moi, TOUT PRÈS, pour me demander des renseignements parce que PFIOOOOUUUU c’était pas clair mon truc.
Et puis il a re-soupiré. Et là, tu vois, je me suis dit que visiter les égouts de Paris ou la morgue de Gare d’Austerlitz, je pouvais le faire sans les mains maintenant.
La prochaine autopsie de colon, elle est pour moi les mecs.

Question fondamentale que Socrate ne s’est pas assez posée : comment dire à quelqu’un qu’il sent mauvais de la bouche ?

Frau Ocytocine m’ayant appris à ne jamais dire de méchancetés frontales grâce à son regard qui sous-entendait : « Dis le moindre mot et je te fais ravaler tes ratiches dans l’ordre dans lequel elles sont sorties », il m’est impossible de dire clairement à quelqu’un : « Mon dieu mais tu as mangé ta poubelle de salle de bain ou c’est moi ? »

Parce qu’à ce niveau-là c’est plus un problème de brosse à dents fainéante, là c’est son sani-broyeur interne qui est bouché. Au scanner, tu retrouves obligatoirement des cadavres de souris et une pleine assiette de champignons.

Je pourrais suivre les conseils judicieux de monsieur Patate Frite, lui demander s’il n’est pas déjà mort, mais je ne suis pas sûre qu’il saisirait la subtilité du message. Parce qu’on se demandait quand même comment on pouvait survivre en ayant un système digestif qui fait demi-tour à mi-chemin.

Bien sûr, j’ai essayé la technique du lâche : les mails. Mais il vient à mon bureau pour que je lui explique et se penche sur mon écran pour bien relire les trois lignes que je lui ai écrites.
Alors je me colle au mur et j’attends que ça passe. Ma collègue « Serpent-Chinois » (de loin ma préférée pour sa fourberie digne de ses ancêtres) se marre un peu et puis finit par compatir parce qu’elle n’est pas loin et que bon… Ça a tendance à se diffuser rapidement.

Après qu’il est parti la dernière fois, ma chef a dit « tiens, va bosser sur ce CATALOGUE avec Pépé ». Et moi qui suis un bon petit soldat, je me suis dit que déjà un quatre pages je tombais dans les pommes, alors un pavé d’une centaine de pages… Elle a vite lu dans mes yeux la détresse totale.

Elle m’a dit « bon ok je m’en occupe… Mais tu fais toute ma facturation à la place ».
Je ne pensais pas sauter de joie un jour à l’idée de faire la facturation. Pour moi c était la pire des purges.

Ouais… Un nouveau travail, décidément, ça crée des problèmes, mais aussi des solutions.

vendredi 11 mai 2012

black hole.



Désolée, j’ai pas le temps d’écrire des articles. Je bosse trop. Je bosse trop à ne pas stresser. Tu sais, le licenciement, le chômage, le rien, toussa.
De toute façon, on est pauvre et surtout des gros chats noirs, alors on n’a pas internet à la maison, donc même si j’écrivais des articles benh je serais OBLIGÉE d’aller me taper un énooorme muffin noisette-chocolat au Starbuck pour le poster et ça, tu sais que c’est mal pour mes bourrelets abdos.
Du coup benh tu délaisses mon blog autant que moi.
Je t’en veux pas (trop).

Tu me connais maintenant, tu sais que je suis quelqu’un de pas du tout excessif, pas du tout angoissée et particulièrement équilibrée, du coup le mélange temps x cogitation x déséquilibre psychique (-sport) = pas beau à voir à tendance « plage du nord un soir de novembre sous la pluie un dimanche férié ».

Alors présentement, j’essaye juste de ne pas finir sous une table à psalmodier que je suis une chômiste sans avenir et que je vais mourir d’un cancer du travail.
En termes de régression, je ne m’arrête pas là, je me mets à regretter des trucs d’il y a quinze dix ans quand j’étais pas encore majeure et quand j’étais presque fraîche comme la rosée du matin (dans les limites des stocks disponibles de rosée en région parisienne hein…), limite j’en viens à me dire que l’adolescence c’était pas si mal même si ton nez, tes membres et tes fesses poussent de façon anarchique, tu te tapes quand même pas mal de bonnes barres avec les copains (copains à qui tu pourrais potentiellement rouler des galoches dans 87% des cas).

Je veux que l’EPS redevienne ma principale préoccupation, avec savoir si oui ou non ce connard de Type de Terminale va accepter de sortir avec moi (qu’on se rassure, il m’a mis le râteau du siècle. Par « petits mots » interposés. En TPE de chimie. Alors que je lui avais PAS demandé. Ma vie sentimentale est un bouquet de violettes depuis toujours j’vous dis).
En plus, j’ai toujours autant de boutons, avec en plus des rides pour les séparer les uns des autres. J’vois vraiment pas l’intérêt de grandir, là tout de suite.

Ma boîte à cerveau revient en arrière ET rétrécit, aussi.
Je suis tellement à côté de la plaque que j’ai oublié mon rendez-vous chez la dermato (tu sais que pour moi ça peut vouloir dire septicémie dans la demi-heure), je confonds les jours, les heures, les cours de body-combat avec ceux de yoga (j’aurais dû me méfier quand j’ai vu que la moyenne d’âge dans la salle c’était 75 ans) et je suis obligée de sortir de la salle en catimini, pas parce que c’est trop lent pour moi mais parce que j’arrive pas à lever la jambe aussi haut que les anciens. P’tain les vieux, bénissez votre ostéoporose, ça vous rend souple.

Pire. J’ai eu le réflexe de retenir mon filleul quand il a roulé de mes genoux (il est au stade gigotage anarchique) ; en temps normal je l’aurais laissé tomber et j’aurais rigolé avec son père qui est tout aussi sadique que moi. Je me suis même presque offusquée la dernière fois qu’il lui a renversé la moitié d’un verre d’eau sur la tête pour me montrer la tête qu’il faisait quand il allait aux bébés nageurs. D’ailleurs j’ai même pas ri grassement quand il a parlé de bébés « nageurs ». C’est très mauvais signe.
Vivement qu’il marche, que je lui mette deux trois chassés pour me faire pardonner.

Le cerveau est un truc bizarre quand même. Là qu’il tourne en roue libre et que je me fais mon auto-bilan de compétences, je remarque que ça déconne pas qu’à moitié.

Pourquoi je continue à paniquer tellement alors que depuis quatre ans je ne rêve que du moment où je vais enfin quitter cette boîte avec un chèque à cinq chiffres ?

Sérieux, mon cerveau trie aussi mal les infos que la poste de mon arrondissement les colis.
(Madame Leroux, j’ai ton catalogue de Loisirs Créatifs, et crois-moi j’en fais rien du tout).

Pourquoi je suis incapable de retenir dans quel ordre et à quelle époque ont régné les rois de France alors que je connais toutes les chansons de Goldman par cœur ? Et celles de Frankie Vincent aussi ?
Je pense même pouvoir te chanter « tu veux mon zizi » à l’envers. Monsieur Patate Frite fera mes cœurs en bikini à motif floral.

Pourquoi je n’arrive pas à accorder en genre et en nombre et que j’ai besoin d’un Korrektor pour me torcher les fesses le faire à ma place alors que je peux retenir les pseudo-bienfaits de tous les produits de beauté de Sephora et leur prix comparé dans dix enseignes ?

Pourquoi je me parasite tant la tête avec autant de choses inutiles.
Pourquoi je retiens mes pires hontes (genre quand je suis tombée sur les Champs-Elysées à la sortie du Virgin devant 200 personnes et que <3 Satan<3 mon frère a foncé sur moi pour voir si ses CDs n’avaient rien mais ne m’a pas aidée à me relever).

Pourquoi je suis dans le métro tranquille et je repense à comment j’ai vomi tripes et boyaux de vin rouge par le nez à une soirée trop arrosée chez mes parents IL Y A DES ANNÉES, cette fois où j’ai dit à un entretien d’embauche que je rêvais de travailler à l’Humanité ou aussi comment j’ai demandé à la table de mes collègues mâles ce qu’était une épisiotomie alors qu’on mangeait des lasagnes.

Parfois je me contente de m’auto-rouler dans mes pires râteaux (deux fois par le même mec en 10 ans avec la même excuse : rupture douloureuse (un bouquet de violettes, on ne le dira jamais assez) et le superbe « je déménage alors ça va être compliqué ». Ah non. Ça s’est moi qui l’ai sorti. Foireux à souhait. Surtout quand tu croises le gars régulièrement.

Après je secoue la tête pour chasser ces pensées à la con et pour ne pas finir par me la taper contre la vitre de la ligne 8 qui, à elle seule, contient un panel représentatif de la population française en termes de cellules épithéliales et de gras de cheveux.

Bizarrement, je ne vais jamais fouiller dans mes gros moments de win (mes diplômes, mon mec, mes « fans », les rires que je déclenche) pour me frotter avec. Naaaaan ça serait trop simple d’un peu se valoriser…
Quand tu dis « corps » je pense « GROS CUL et MINICHONS » et jamais « YEUX GRIS BLEUS DORÉS », pourtant je possède les trois.

C’est quoi cette auto-flagellation ? Ce besoin d’appuyer sur une plaie pour vérifier que ça fait mal, ce bonheur à se vautrer dans ses propres ratages et conneries ?

Cerveau, tu es un gros bâtard et ta mère je lui fourre la matière grise jusqu’au bulbe rachidien.

vendredi 27 janvier 2012

LUCKY DAY PART II

 [Dernier chapitre de ma saga "appendicectomienne" avec encore plus de sesque dedans et moins d’avortement sauvage].


L’opération : toujours pas de Jorjeclouné.

Ok j’ai pas trouvé George, mais la paire de seins demoiselle qui vient me voir et se présente comme la chirurgienne qui va me trucider m’opérer n’est autre qu’une méga-bombasse italienne avec rien sous sa blouse… La belle Frederica aux chevux blond vénitien. 
Elle sera secondée par Roberto, 1 mètre 90 dee testostérone, de poils et de blouse bleu clair.
C’est quoi cet hôpital ?Ça y est, j’ai compris. Je suis tombée dans un porno italien de seconde classe des années 80.

C’est d’ailleurs le moment de ma scène de pornalité à moi. Attention sexy : deux infirmières m’aident à me tartiner de bétadine, cheveux compris. En vingt minutes je ressemble à un gros citron, aspérités incluses, je suis intégralement jaune.
Il me faut ensuite enlever TOUS mes piercings… Pendant vingt autres minutes, je vais mettre 100 grammes de ferraille dans une enveloppe que mon père tient devant moi.
Comment être plus à POIL ?
Les infirmières se marrent, mais ça n’empêche pas certaines d’entre elles de revenir me voir pour me demander des conseils en matière de micro-dermal et autres tatouages.

Bref, je suis prête pour me faire charcuter par tout le paf du porno italien. Même pas peur, trop fatiguée pour ça. J’écoute une chanson dans mon mp3 en fredonnant celle d’avant… Je suis un peu ralentie, oui.
À 16 heures, on me descend au bloc et ma pression monte. Arrivée là-bas, je me demande comment les choses ont pu si mal tourner.
L’anesthésiste me demande nom, prénom et pourquoi je suis opérée.
- Heu…
-…
-…
- Vous ne savez pas pourquoi vous êtes là ?
- Heu nan.
J’ai tellement les miquettes que j’ai OUBLIÉ pourquoi je fais le guignol à 16h, un samedi, enroulée dans un drap aussi jaune que moi. J’aurais pu refaire la blague de l’avortement, mais il me semble que cette fois j’étais un peu trop près du scalpel pour me la tenter. Courageuse mais pas téméraire.
Et ça, c’est justement ce que j’appelle l’amnésie fiottesque.

Bon, l’opération, tu te doutes que je m’en rappelle peau de nouille : joies de l’anesthésie. Lumière allumée, lumière éteinte.
Si ça se trouve, Roberto et Frederica ont fait des trucs dégueulasses sur ma tête, d’ailleurs j’ai un doute sur l’utilité des trois trous qu’ils m’ont rajoutés dans le bide.
On me verra dans le prochain « Cœlioscopie coquine », j’en doute pas.

19h et des boulettes, je suis trop dans le gaz pour vérifier : la salle de réveil.
Si, comme moi, tu n’es pas régulièrement sujet au passage sur le billard, tu imagines la salle de réveil comme le lieu le plus paisible de l’histoire.
Mon cul. La salle de réveil, c’est pire qu’un tripot de banlieue, c’est le « café des sports » un soir de match.
Quand j’ai ouvert les yeux (… Ouvert est un bien grand mot, hein…), j’avais d’un côté le personnel qui discutait de politique au-dessus de ma tête :
- Nan mais le problème de Hollande c’est que… Je vais vous faire une petite piqûre de morphine… C’est qu’il est pas aussi charismatique que Sarko… Ça va, mademoiselle, la douleur passe?
- Si vous parlez de Sarko, j’en reveux bien une petite dose…

De l’autre côté, j’avais un type tenu par trois infirmiers qui hurlait qu’il allait porter plainte contre la police si on ne lui donnait pas ses cachets. Comment le type pouvait être capable de faire un combat de free-fight après une anesthésie générale ? Alors que perso j’étais incapable de reconnaître ma droite et ma gauche. Ok, je ne sais JAMAIS différencier la droite de la gauche, mais là, ENCORE MOINS.

Bref, une ambiance sereine pour se remettre de toutes ces émotions.

22h : l’après opération : l’action.
Monsieur Patate Frite, mon chevalier servant, sur son fidèle destrier gris pantone 417C, a bravé mille embûches, les agents de sécurité, les couloirs labyrinthiques de l’hôpital et les infirmières pour atteindre ma chambre, avec dans sa besace la moitié de la salle de bain et de mon armoire et des cadeaux, alors même que les heures de visite étaient passées depuis longtemps.
Déjà, je te vois verser une larme de tendresse devant tout ce dévouement. Détrompe-toi, cet homme est une petite fouine malodorante.

Il a ouvert la porte de ma chambre avec douceur, a passé sa petite tête de musaraigne, et…
- AHAHAHAHAHAHAAH tu ressembles à Marge Simpson. AHAHAHA ça valait trop le coup que je vienne. Ouilé mon portable, hin hin hin.
Petite vache.


Et depuis…
Depuis, je reviens à l’état de nourrisson : je dors, je mange les kilos de plats préparés par ma maman. J’ai assez de pâtes farcies pour tenir jusqu’ à la prochaine attaque nucléaire, je regarde des séries et je lis un bouquin par jour, le chat a fusionné avec mes genoux et la réserve de thé est vide...
Mon nombril est devenu une œuvre d’art contemporaine et mon ventre une boule de bowling, c’est très très moche ; depuis l’opération je n’ai pas repris de couleurs, je suis pâle comme un cul d’ours polaire.
Au grand dam de mon cher Patate Frite, nous n’avons pas récupéré mon appendice dans du formol, et il ne pourra pas en faire des photos pour sa prochaine pochette d’album.
Hormis ça, je suis prête à reprendre l’imposture dès lundi. Jour de mon anniversaire. Happy birthday.
Je me demande quel autre organe inutile/bout de viande je pourrais me faire enlever pour ne pas y retourner. Une idée ?

PS : si vous trouvez ma vidéo dans votre sex-shop de pornalité médicale préféré, envoyez-la moi, je vous la dédicacerai.

mardi 24 janvier 2012

Lucky Day I.


[L’article est un peu long alors je le tronçonne. Nan en vrai c’est parce qu’en bonne grosse feignasse ça me permet d’écrire moins et de plus regarder les BORGIA en mangeant des gâteaux orange.]

LES URGENCES : OUKILE docteur Jorjeclouné ?
- Ah ces connards de l’hôpital, ça fait depuis 21h que j’attends, CONNNNAAARDS ! Hurle une femme à côté de moi. Elle cherche des yeux un témoin à son malheur et à l’injustice de sa situation. Ah… Vous n’êtes pas prête de passer mademoiselle ! Me chuchote-t-elle.
Pourquoi ça tombe toujours sur moi ? Elle attend ma sollicitude alors que j’ai envie de lui dire que tant qu’elle gueule comme un putois c’est qu’elle a plutôt la patate.
Je ne lui renvoie qu’un regard torve de bovin malade et tout prêt à devenir un steak du « Buffalo Grill ».

M. Patate Frite me caresse la tête et me dit que ça ne va plus être long.
Le clochard qui parle tout seul à côté de lui se penche et lui lance un pet tonitruant au visage. Finalement il admet que ça va être un peu longuet.
Je me demande comment les choses peuvent être plus désagréables.

La douleur me pilonne l’estomac, je suis épuisée et autour de nous la cour des miracles continuent de faire le show. Chacun joue son rôle à merveille, les urgences « psy » voient des gens qui n’existent pas, les sanguinolents sanguinolent et les chaises en contreplaqué glissent.
Je décide de m’allonger, la tête sur les jambes de mon Chauve mais à mi-chemin, la douleur me stoppe, je me retrouve une patte en l’air, incapable ni de m’allonger ni de me relever, à glousser comme un poussin qu’on écrase par mégarde avec un cageot.
J’ai l’air d’une tortue tombée sur le dos, ça ne m’avait pas fait ça depuis ma dernière séance d’abdos au Club Med Gym.
Tout le monde me regarde, s’ils pouvaient ils riraient mais chacun a son œil sanguinolent ou son taux d’alcoolémie à gérer, alors ils se contentent de fixer M. Patate, qui me redresse tant bien que mal.
La vieille se remet à hurler « J’ai mal bande de CONNNNARDS, j’ai mal au ventre… ET LA JEUNE FILLE AUSSI », et elle se remet à fourrager dans son paquet de chips au paprika.

Ok j’ai rien dit, la situation PEUT être pire.

Après trois heures d’attente, une petite fille brune en baskets jaune et grise m’appelle, elle porte la blouse blanche de sa maman et c’est très mignon, elle s’appelle Jennifer.
Je me dis que c’est bien de prendre des stagiaires de troisième mais quand même une nuit aux urgences, c’est un peu hard, a-t-elle au moins des tickets restaurants ?

Un type l’alpague et hurle « docteur, docteur… », et la petite Jenny l’envoie bouler avec autorité. Je me gausse à l’idée que cet homme sérieusement éméché ait pu prendre ma mignonnette petite compagne pour un médecin.
Elle se retourne vers moi et me lance « Celui-là je l’ai ausculté tout à l’heure, SERIEUX il m’a TROP saoulée ! Bon, à vous. Attendez, je regarde votre dossier ».
J’ai officiellement le médecin le plus jeune de la terre.

Rapide inspection et demande d’examens complémentaires, on me vide de mon sang, me pose une perfusion de gentils antidouleurs non sans m’arracher au passage une bonne douzaine de veines (c’est pas grave, j’en ai plein d’autres) et, comble de la joie, j’enfile une blouse bleu foncé assortie à mon vernis à ongles.
Mademoiselle Ocytocine reste classe en toutes circonstances, si j’avais pu j’aurais mis du rouge avant l’opération, histoire d’être assortie à mes boyaux.

On nous met, moi et ma perfusion, sur mon 4x4 personnel (qui porte le doux sobriquet de SAU 6, j’aurais voulu faire exprès que je n’aurais pas réussi) et on me re-balance dans les couloirs des urgences en attendant les résultats sanguins.
S’il y a infection, c’est une appendicite et j’ai le droit à l’échographie de circonstance et la radio du thorax, sinon… Eh benh je suis bonne pour la visite de mes ovaires et/ou de mes reins, qui je le rappelle n’ont absolument RIEN demandé à personne.

S’ensuivent six longues heures d’attente où mon pauvre monsieur Patate se roule en boule au pied de mon brancard et dort un peu comme il peut. J’ai envie de lui faire de la place sur mon lit et j’me dis que nan, après tout lui s’il veut il peut faire des trucs de fou, genre se tenir droit ou éternuer sans hurler. Alors merde, il se fera un torticolis à ma santé.

À 8 heures, Jennifer-qui-pourra-boire-de-l’alcool-d’ici-deux-trois-ans m’annonce qu’effectivement j’ai gagné, c’est l’appendicite, j’ai le droit à une écho’ mais plutôt vers 10 heures. Parce que y’a d’autres gens plus urgents.
(Traduction faite par ma belle-sœur infirmière quelques jours plus tard : « Oh, ils voulaient pas payer un professionnel de nuit, c’est pour ça que tu as attendu »).
J’m’en fous.
« S’il y a un savoir-vivre, il y a surtout un savoir-mourir », comme disait M. Manatane.
Ma blouse et mon vernis sont assortis, je peux laisser venir la péritonite en toute quiétude.

Entretemps, Frau et Général Ocytocine, mes bons géniteurs, ont débarqué pour la relève.
À peine arrivée à l’hôpital la veille au soir, j’avais appelé Frau Ocytocine, ma douce mère, qui m’aurait certainement elle-même retiré mon appendice avec les dents si je ne l’avais pas prévenue de mon état.
Elle ordonne à monsieur Patate de disposer et de se reposer. Habitué à obéir à belle-maman qui a aussi des « couilles sous le menton » (je le cite), il claque du talon de sa superstar noir et blanc, m’embrasse sur le front et clopine tant bien que mal jusqu’à notre appartement pour prendre un peu de repos.

Quand Frau et Général O. entrent en scène, le monde autour n’a qu’à bien se tenir. Chacun sa méthode, mais le résultat est assez hilarant efficace.

Général O. se tient au garde-à-vous près de mon brancard et pourra tenir sans ciller ni manger pendant plus de trois semaines. Il a été élevé par des moines Shaolin, n’en doutez pas. Un chien de garde rendrait les armes avant lui. Quand mon père a quelque chose en tête, il l’a pas dans le c…l, comme dirait ma mère.
La force tranquille et la destruction par la ténacité.

Frau O., dont la technique est plus instinctive, vide autour de moi les deux sacs de voyage blindés qu’elle a apportés. En langage de mère poule, on pourrait appeler ça « nidifier », s’il y avait eu des branches mortes et des herbes sèches, je me serais certainement retrouvée dans un arbre du parc de l’hôpital.
Tu connais pas ma mère.

Bref, je suis heureusement sauvée des griffes de mon armée d’élite parentale par le monsieur-de-l’échographie qui devait être dans la même classe que Jenny-l’enfant-médecin. Il cherche mon appendice comme on cherche une bière au fond d’un frigo un samedi soir, en tâtonnant et en renversant des trucs.
« Il n’est pas là où il devrait être… » Dit-il en appuyant gaiement. J’ai envie de lui rétorquer que lui non plus, et moi encore moins mais puisqu’on est là tu vas me TROUVER MON APPENDICE putain de stagiaire de mon os iliaque ?

C’est là que sa version senior entre dans la salle et change le ton :
- Bonjour mademoiselle… Vous avez mal quand j’appuie là.
- RHAAAAAAAAAAAAAAA !
 Il s’adresse à son petit bleu :
- Tu vois, c’est l’appendicite quand tu appuies là.
- RHAAAAAAAAAAAAA !
- Voilà…. Bon, félicitations mademoiselle, vous avez gagné un tour en salle d’opération. Mais avant… Radio du thorax.
- Heuuurgh…


- Bon, on ne préfère pas les faire aux jeunes femmes en général mais là… La chirurgienne préfère.
Ouais nan mais c’est pas grave, j’adore me faire « fukushimaïser » la gueule dès le week-end venu. Je vais régulièrement me rouler dans mon micro-onde. Une petite séance de bronzage, là, ça me fera pas de mal.
- Vous n’êtes pas enceinte au moins ? Me demande-t-elle.
- Benh sinon faut me le dire, parce que ça fait deux trucs à enlever.
Ok, même alors que je vais me faire becqueréiliser/irradier la gueule, je ne sais toujours pas la fermer ; pourquoi faut-il toujours que je l’ouvre avant de la fermer ? Même à l’article de la mort il faut que je parle d’avortement ? VRAIMENT ?
Il y a des moments dans la vie auxquels tu ne peux repenser sans avoir envie de te gifler. Celui-là en fait partie. Les infirmières me regardent avec des yeux exorbités. Elles hésitent et ricanent à leur tour.
- Oh nan mais sérieux hein. Si c’est un mioche faut faire une miochectomie aussi hein ?