lundi 8 octobre 2012

Ver(sus).



Je me suis toujours foutue de la gueule de monsieur Patate parce qu’il a peur des insectes.
Déjà parce que toutes les raisons sont bonnes pour me foutre de lui. C’est vrai.

Ne le plaignez pas trop et surtout ne pensez pas que je suis la seule à passer mon temps à ricaner sur le dos de l’autre. 
Tenez, à chaque fois que j’ai une nouvelle fringue, il me dit que j’ai l’air d’une lesbienne qui s’ignore et à force, croyez-moi, ça fait se poser des questions. Il m'appelle plus souvent " Gérard" que "ma puce".
Et quand on nous demande comment on s’entend depuis qu’on vit ensemble, il se met derrière moi et il chuchote « sauvez-moi » en imitant un type qui se pend. COMME SI JE VOYAIS PAS.
Du coup, hein, j’me venge.

Il est vrai que je pourrais quand même fermer ma grande bouche parce que si tu mets un Furby ou n’importe quel automate dans la pièce, je te fais immédiatement une descente d’organes.
J’ai une sainte horreur des jouets qui bougent tout seuls, résultat d’une enfance passée au-dessus de la ligne 7 du métro et de ses vibrations qui faisaient bouger les jouets dans ma chambre.
Ou alors c’était pas le métro, c’était des êtres maléfiques qui réveillaient mes saloperies de poupées parlantes ? J’avais peut-être déjà vendu mon âme au diable, je n’ai pas attendu ma première soirée arrosée comme je le pensais, cette fois en Irlande où j’ai bu trop de Guiness et où j’ai rencontré ce jeune guitariste et où...

BREF.
Monsieur Patate a peur des insectes.
J’ai eu un premier aperçu de ses talents de couineuse le jour où on a croisé un cafard new-yorkais qui avait traversé Broadway dans la largeur sans se soucier de ce qui se trouvait sur sa route. À savoir : un pied de touriste allemande dans une tong.
La dame a beuglé comme une saucisse au curry et on s’est dit « On est encore tombés dans une fusillade, ça fait deux dans le séjour ». Mais en fait nan, c’était juste un cafard pas poli.
Un cafard, il est vrai, élevé aux doughnuts et aux carbohydrates de cheeseburgers, et qui devait faire ses séances de pectoraux tous les matins après ingestion d’un Latte au Starbuck du coin. Un cafard « Eastcoast » qui aurait pu porter une casquette. Une petite casquette sur sa tête de cafard de 3 centimètres.

Monsieur Patate s’est exclamé après avoir grogné-couiné-gargouillé : « Putain t’as vu la taille du machin, il était comme ça ». Et il a montré avec sa main la taille d’un steak de cheval.
J’ai jeté un regard dubitatif. Et ce ne fut que le premier d’une longue série, car au cours des nombreuses fois où il a raconté cette anecdote, il a grossi la taille de notre « eastside cockroach » de 5 centimètres à chaque fois.
Je me suis dit que d’habitude c’était plutôt sur des mesures autrement plus intimes que les hommes abusaient, alors j’allais pas me plaindre.
Au bout d’un mois, le truc avait quand même la taille d’un doberman. C’est fou ce que les phobiques exagèrent.


Perso, je me suis toujours vantée de ne pas avoir de peurs particulières ; ok, j’aime pas trop les jouets qui bougent et les bêbêtes, mais de là à aller me vider de mes intestins à la première patte velue qui passe... Y’a un monde. Du coup, j’aime bien dire que les phobiques sont hystériques.

Ouais ouais, le terme que tu cherches c’est bien : « connasse incapable d’empathie ».
Mais rassure-toi, comme à chaque fois que j’ai le malheur d’avoir un avis que je sais légèrement rétrograde, le sort se charge de me montrer à quel point je suis une beauf intolérante.
La connaissance par l'expérience. La sagesse à la fin. Je vais finir par atteindre le Nirvana à ce rythme-là.


Nous rentrions à la maison dimanche, monsieur Patate et moi-même, les bras chargés de courses qui n’étaient absolument pas sur la liste que j’avais de toute façon oubliée.
Je suis allée poser mes paquets en pestant que putain, on était quand même des gros Jacquouille à avoir ENCORE oublié le dentifrice. Alors que, hein, les Dinosaurus en format familial, jamais on les oublie.
Et là, sur la plaque chauffante, je vois un… ver.

Un p’tit truc dégueulasse qui se tortille comme s’il avait la Macarena qui tournait en boucle dans sa tête (ce qui serait triste pour lui, quand même), 15 millimètres. Blanc. Moche. Actif. VIVANT.
Première chose que je me dis, c’est « beurk », tout en lui javellisant la gueule sans une once de remord ou de pitié pour sa famille et ses amis d’enfance.
À noter : quand tu asperges un ver de javel, il se transforme en petit truc tout dur qui ressemble à du riz.

J’informe monsieur Patate de la présence d’un immonde lombric dégueulasse sur notre cuisinière sans penser que, connaissant ses problèmes avec les p’tites bêtes qui mangent pas les grosses, j’aurais mieux fait de lui dire que je le quittais pour sa sœur, sa réaction aurait été moins violente.

Il a sorti la tête de notre mini frigo parisien qui explose dès que tu y mets deux sacs de courses. Il a d’abord sursauté comme si je lui avais vomi un seau d’asticots sur la tête, et puis il s’est repris.
Il a bien essayé de ne pas claquer des genoux, jouer le bonhomme de la baraque. Il me dit de sa voix qu’il veut grosse, viriloïde et rassurante « Tsss, c’est rien, ça doit venir d’un bout de viande qu’on a laissé traîner… » en reculant tout de même doucement vers la porte.

Tandis qu’il se porte stratégiquement entre la cuisine et le salon (pour montrer son soutien tout en évitant une attaque de cet animal ô combien agressif), je me mets à chercher le responsable, mais je ne trouve point de résidu de nourriture carnée alentour. Bizarre.

Je réfléchis à la provenance de ce vilain lombric dans la cuisine, qui tourne plus au steak de soja qu’à la côte de porc depuis quelques temps.
Toute personne normalement constituée aurait pensé : « un ver, comme c’est caustique, je vais nettoyer ma cuisine et il n’y paraîtra plus ! »
Nos grands-parents auraient pensé : « Chouette, un ver, des protéines, ça tombe bien j’avais plus de tickets de rationnements ».

Nous autres, enfants de la télévision américaine, pensons ceci : « Wop, putain de sa race de ragondin en leggings, y’a un cadavre à l’étage au-dessus et ceci est une pulpe d’arthropode nécrophage de moins de 3 centimètres, il est donc mort depuis 24 heures, appelez les Experts ».
Enfin, moi qui nourris une obsession libidineuse pour Warrick Brown depuis dix ans, j’me suis dit ça, et du coup j’ai levé la tête et j’ai vu…
Des vers…
Plein de vers.
La Macarena pour tous les vers. Une vraie boîte de nuit des années 90.

- Monsieur Patate… Ahem… Ma gerboise ?
- Oui ? T’es gentille, c’est bizarre. Qu’est-ce qui se passe ?
- Les vers… Ils… Ils viennent du plafond…
- Wop putain ! On pourrait pas plutôt échanger contre des hyènes enragées ? Je vis avec toi, je connais bien le sujet. Mais les insectes p’tain… C’est des créatures du diable, ça.

Et bon, autant les trucs qui rampent au sol, je gère, mais l’idée d’une pluie de vers dans MA cuisine, sur MES boîtes de Weetabix, la vie de ma race la pute en jupe Guess, je commence à comprendre que ça puisse en chatouiller l’angoisse de quelques-uns.

- Situation d’urgence, on garde notre calme et on ne se transforme pas en DEUX GROSSES PUCELLES (surtout toi). Qu’est-ce qu’on fait dans ce cas ? La première chose qu’on fait quand y’a un blessé, un mort, un génocide ? Concentre-toi bien monsieur Patate…
- … ?
- …
- J’appelle ma mère ?
- ÉVIDEMMENT qu’on appelle ta mère.

Belle-maman a donc sauvé la situation en nous expliquant que le plus probable, c’est pas le meurtre de sang-froid à l’étage au-dessus, mais plutôt des mites alimentaires qui auraient partouzé dans un bol de cacahuètes et qu’il serait bon de retrouver le paquet surprise et de faire un génocide de la marmaille miteuse.
J ai trouvé ça vachement moins drôle et décevant. Jamais je ne rencontrerai Warrick.

J’ai donc vidé les placards en flippant de tomber sur un paquet de chips grouillant de saloperies de larves.
Du bout de mes gants de vaisselle, je tenais les boîtes et poussais des gargouillements de bête apeurée en les jetant dans une grande poubelle que monsieur Patate tenait à bout de bras en insultant le principe même de diversité naturelle, Darwin, Dieu.
Il a fini par prétexter une urgence aspirateur pour s’exiler à l’autre bout de l’appart’.

Pendant ce temps- là, les larves au-dessus de ma tête étaient passées à du Ricky Martin (« un dos tres, Maria », fais pas genre tu connais pas. D’ailleurs maintenant tu l’as dans la tête), et la vie de sa race le tapir autiste, j’étais pas loin de l’hystérie susmentionnée.

Tout ça pour dire qu’on a jamais trouvé la source mitesque et :
- que je frissonne à l’idée de rentrer dans la cuisine depuis.
- Que je suis pas prête de remanger du riz.
Et que la prochaine fois que je me moquerai d’un phobique, jetez-moi un ver de terre à la face.



16 commentaires:

  1. Degueu ....ça m'est arrivé la meme chose...dans ma poubelle ....il y a 2mois....je soulève le couvercle ,et la ,HORREUR ,ça grouillait des memes immondices que chez toi !!!! Moi aussi j'ai crié ,gargouillé ,couiné ,puis j'ai javélisé tout cela ,plus de nouvelles depuis ....

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    1. Ah ,au fait ,c'est Anne-onyme ,qui te parle en direct de sa cuisine !!!

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    2. Ah ben moi pareil dans la poubelle de l'immeuble, j'ai fait un bond, heureusement que je n'avais pas mon fils dans les bras ! Individuellement les vers ne me font pas peur, mais là c'est juste dégueu, quoi...

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  2. Ca t'es arrivé a TOI? impossible, tu as une bouteille de désinfectant greffée dans la main droit et une éponge dans la gauche!!!!
    (mais tu restes sexy hein...)

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    1. Non non ,en ce moment c'est un fouet de cuisine dans la main droite et une clope dans la main gauche ...;autant dire "welcome vers et cafards"
      Finalement tu n'as plus très envie de manger chez moi hin ....gnihihihi

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    2. En même temps, dans la poubelle, ça peut être une mouche qui a pondu, dans un fromage périmé surmonté d'un steak et avec des épluchures et des fruits pourris. Même en désinfectant tout, les trucs qu'on met dans la poubelle nourrissent bien ce genre de bestioles...

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  3. Laisse-toi pousser du poil, on verra ses réactions.
    Et pour les vers...vérifie quand même le voisin du dessus.


    Sven L.

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    1. Je préférerais que ce soit le voisin d'a côté... celui qui traîne sa nana de connasse.
      Même si elle le mérite, je trouve que ca manque de fair-play.

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  4. bouaerk ! dégueu ! (pas peur mais berk)

    le pire ça doit etre de ne pas trouver le paquet de chips fossilisées qui héberge la nichée de mites...

    t'as des aérations dans ta cuisine qui donnent chez les voisins ? j'en ai bouché 2 dans la salle de bain, depuis, plus un seul cafard ! étonnant isn't it ? c'était des colonnes d'aération communes à tout l'immeuble, bien au milieu (pas vers l'extérieur, quoi), avec une vague grille devant, meme pas de moustiquaire à l'intérieur. j'ai collé au béton une planche de 2 cm d'épaisseur à la place de la grille. depuis, nickel !

    donc, étape 2 dans ta cuisine : vérifier les aérations :)

    de rien de rien,
    et vivi ça peut finir en grand ménage d'automne, un ptit coup de parano anti-bebettes

    mais quand meme... des vers qui descendent du plafond... (image subliminale d'une attaque de zombie ! arf ! j'arrete de parler de ca, c'est contagieux la phobie, argh...)

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    1. On a effectivement des suspicions de vide ordure dégueulasse, on lui a aspergé sa mère de produit anti-mites. On a du désinfecté la moitié du bâtiment.

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  5. Peut-être faudrait-il finalement domestiquer une petite famille de cafards parce que ça bouffe n'importe quoi, les cafards, y compris des vers je suis sûr. Sinon, t'as pensé aux araignées ?

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    1. je vois bien monsieur patate avec son eélevage de cafards " et ca c'est le petit dernier, jean-michel <3"
      Chuis sûre qu'il finirait par avoir une approche toute maternelle de la chose.

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    2. il lui mettrait une minuscule goutte de vernis à ongles orange sur la tete, et il le surnommerait "103" ? (joke littéraire kislapète :-p)

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  6. Tu aurais pu en profiter pour raconter cette histoire en vers ! :D

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  7. MDR! Une steak de cheval... en fait moi j'ai le meme probleme avec les araignes...

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